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Document crée le 1 septembre 2008
Air & Space Power Journal en français - Automne 2008

Le réseau des bases aériennes servant aux opérations en Afghanistan

par le lieutenant Mickaël Aubout, armée de l’air française

Le réseau des bases aériennes servant aux opérations en Afghanistan La nécessité de disposer d’infrastructures aéroportuaires proches des théâtres d’opération demeure une constante qui s’applique également aux opérations en Afghanistan. La base aérienne reste l’outil indispensable pour un emploi soutenu et continu de la puissance aérienne grâce à ses capacités de soutien et de projection de force et de puissance. A ce titre, les bases aériennes servant aux opérations en Afghanistan constituent la colonne vertébrale des actions aériennes menées sur ce théâtre.

Dès les premiers raids aériens lancés contre les troupes d’Al-Qaïda et contre les Talibans le 7 octobre 2001, les aéronefs américains furent confrontés à l’absence de bases aériennes proches du théâtre afghan. Les premiers bombardements aériens avaient pour principal site de départ les bases américaines du Moyen-Orient, l’île de Diégo Garcia et les porte-avions de l’US Navy. Les avions se voyaient ainsi dans l’obligation d’effectuer plusieurs ravitaillements en vol avec plus de 5 000 kilomètres aller-retour à parcourir pour les bases les plus proches. Par la suite, l’engagement des forces terrestres nécessita également une plus grande proximité des bases aériennes. En effet, les troupes au sol, une fois déployées sur le territoire afghan, avaient besoin de ravitaillements et, surtout, d’appuis aériens rapprochés. L’opposition aérienne ennemie étant nulle, les forces aériennes alliées se concentrèrent sur des missions d’appui-feu (Close Air Support), de bombardement, de recherche et d’acquisition du renseignement. Six ans plus tard, cette situation prévaut encore.

Actuellement, les avions militaires engagés disposent en Afghanistan de quatre bases aériennes principales : Kaboul, Bagram, Kandahar et Mazar-e Sharif. Elles constituent les principaux sites d’accueil et de projection des avions d’attaque de la coalition. Ces dernières, érigées par les Soviétiques durant les années quatre-vingt, sont devenues les principales portes d’entrée pour l’approvisionnement en matériels et en hommes. Elles accueillent régulièrement des avions de transport tactique qui font la navette depuis les bases situées dans les pays limitrophes. Situées en « première ligne », elles ne constituent cependant que les derniers maillons d’une chaîne de bases aériennes, d’un réseau.

Constitution et évolution du réseau des
bases aériennes

Les bases aériennes utilisées actuellement dans le cadre des opérations en Afghanistan. (DR)

Les bases aériennes utilisées actuellement dans le cadre des opérations en Afghanistan. (DR)

Un ensemble de bases aériennes ne peut être valablement considéré comme un réseau qu’à la condition de partager un ou plusieurs objectifs similaires. Dans le cas présent, le réseau des bases aériennes servant aux opérations en Afghanistan partage un même but, le soutien des opérations se déroulant sur le théâtre afghan.

Les mois suivant les attentats du 11 septembre 2001 virent la formation d’une large coalition internationale. Les alliés traditionnels du Moyen-Orient et les pays membres de l’OTAN, en vertu de l’article 5 du Traité de Washington1, assurèrent les Etats-Unis, dès le 12 septembre 2001, de leur soutien. En outre, plusieurs pays d’Asie centrale se joignirent à eux avec des implications diverses. Des pays tels que la Russie, le Turkménistan, l’Azerbaïdjan ou le Kazakhstan autorisèrent le survol de leur territoire2 tandis que le Pakistan, le Kirghizstan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan proposèrent d’accueillir des aéronefs.

Les premiers pays à recevoir des avions de combat américains furent le Pakistan, avec notamment la base de Jacobabad et l’Ouzbékistan avec la base de Karshi-Khanabad. Dans le courant du mois d’octobre 2001, elles furent utilisées pour des missions de renseignement et de frappes aériennes contre les Talibans. Par la suite, à la fin de cette même année, Washington et Paris engagèrent des discussions avec Douchanbé et Bichkek pour le déploiement d’aéronefs au Tadjikistan et au Kirghizstan. Quelques mois plus tard, dans le cadre de l’opération « Héracles », les premiers Mirage 2000 D et C-135 français se posaient à Manas en compagnie de F-18 et F-15 américains. La base de Manas devait devenir l’une des principales bases interalliées avec la présence d’aéronefs hollandais, danois, norvégiens et espagnole3. Elle occupe une position majeure dans le réseau des bases centrasiatiques. Pourvue d’une piste d’environ 4 500 mètres, elle permet l’atterrissage d’avions gros porteur amenant le ravitaillement qui est ensuite acheminé par avions de transport tactique vers les sites en Afghanistan. Elle sert ainsi littéralement de « hub » pour le ravitaillement des forces en Afghanistan.

En 2002, suite à l’avancée des troupes en Afghanistan, le réseau des bases aériennes comporta désormais des sites afghans et sa physionomie devait évoluer. Tout d’abord, des transferts de moyens aériens furent effectués afin de les rapprocher du théâtre d’opération. Les Américains affectèrent à la base de Bagram des F-16, des F-15 E et des AV8-B. La France transféra ses Mirage 2000 D à Douchanbé laissant les C-135 à Manas. Entre temps, suite aux critiques adressées au gouvernement ouzbek par les Etats-Unis lors des massacres d’Andijan, Tachkent4 demanda aux Américains de se retirer du pays. Six mois plus tard, en novembre 2005, la base de Karshi-Khanabad fut évacuée. Cependant, malgré leur grande importance, les bases aériennes proches du théâtre afghan ne peuvent être considérées comme les seuls éléments du réseau de base aérienne permettant les opérations en Afghanistan. Il faut également tenir compte des bases se trouvant en Europe et qui sont à l’origine des flux logistiques vers la région. A titre d’exemple, la grande majorité des fournitures livrées à Manas provient de la base aérienne américaine de Ramstein en Allemagne. Pour la France, ce rôle est dévolu à la base d’Istres, située dans le sud de la France.

Mirage 2000 sur la base de Manas.(DR) C-5 Galaxy déchargeant son fret sur la base de Manas.(DR)
Mirage 2000 sur la base de Manas.(DR)
C-5 Galaxy déchargeant son fret sur la base de Manas.(DR)

Le réseau comme système

Schématiquement, ce réseau peut être perçu comme un ensemble de cercles concentriques. Au sein de chacun de ces cercles, chaque base possède une fonction propre et accueille des moyens aériens spécifiques.

Le premier cercle correspond aux bases aériennes présentes sur le territoire afghan et au sein des pays en marge du théâtre d’opération (Tadjikistan et Pakistan). Il est au cœur des combats et permet une forte réactivité en disposant d’un temps minimal entre la demande d’un appui aérien et le décollage de chasseurs-bombardiers. Le temps de permanence des patrouilles d’Alert CAS s’en trouve également augmenté. Les bases du premier cercle ont pour fonctions premières la mise en œuvre des chasseurs-bombardiers et la réception de l’approvisionnement. C’est le cas notamment de Manas. Le second cercle comprend les bases apportant des fournitures au premier cercle. Elles servent, de sites de départ pour les avions ravitailleurs opérant en Afghanistan. Quant au troisième cercle, il comprend les infrastructures aéroportuaires d’où partent les principaux flux logistiques alimentant les bases d’Asie centrale. A chaque cercle correspond un ensemble de bases caractérisé par des missions spécifiques.

En définitive, face à un ennemi fugace, il est aisé de comprendre que l’endurance et la réactivité constituent des gages d’efficacité pour les forces aériennes. Ces atouts se trouvent renforcés par la proximité d’infrastructures capables d’accueillir et de projeter des aéronefs. Les transferts, en mars 2007, de Rafale à Douchanbé puis de Mirage 2000 et F1, à Kandahar, permettent ainsi à la coalition de disposer d’une force de frappe supplémentaire au plus près des combats.

Schéma des bases aériennes servant à l’approvisionnement.

Schéma des bases aériennes servant à l’approvisionnement.

Dans le cadre d’opérations se déroulant loin du territoire national, l’Afghanistan a été un terrain d’expérience pour la projection de force et de puissance dans un contexte interalliés et international. La grande majorité des bases étant multinationale et sous autorité de l’OTAN, il est nécessaire que l’ensemble des forces soit formé aux procédures interalliées. Les aviateurs français, par leur maîtrise des procédures OTAN, apportent leur soutien à deux opérations distinctes mais complémentaires. Ils peuvent intervenir au profit de l’ISAF5 tout en répondant aux sollicitations américaines dans le cadre de l’opération Enduring Freedom. Enfin, plus que la nécessité de disposer d’un réseau de bases aériennes efficient, l’exemple afghan démontre que le duo « base aérienne – avions de combat et de transport » est l’un des socles de la puissance aérienne.

Notes

1. Cet article énonce que les parties conviennent qu’une attaque armée contre l’une ou plusieurs d’entre elles survenant en Europe ou en Amérique du nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties, et que par conséquent les pays membres assisteront la partie ou les parties ainsi attaquées et mèneront toute action jugée nécessaire. www.nato
.int/home-fr

2. Sous certaines conditions car certains pays tels que la Russie n’autorisèrent que les vols humanitaires.

3. Au mois d’octobre 2002, un détachement de F-16 hollandais, norvégiens et danois fut déployé à Manas. Les Espagnols ont, quant à eux, participé par un détachement d’avion de transport C-130 Hercule.

4. Capitale de l’Ouzbékistan.

5. L’International Security Assistance Force est sous commandement OTAN depuis août 2003, sous mandat de l’ONU.


Collaborateur

Le lieutenant Mickaël Aubout de l’armée de l’air française Le lieutenant Mickaël Aubout de l’armée de l’air française (BA, Paris IV Sorbonne ; MA, Paris IV Sorbonne) prépare une thèse en géographie à l’université Paris IV Sorbonne sous la direction de M. Jean-Robert Pitte et Philippe Boulanger. Il est chargé de recherche au Centre d’études stratégiques aérospatiales (CESA – Paris) et ses travaux ont trait aux interactions entre les bases aériennes et leur environnement. Le sujet de sa thèse porte sur la géographie historique du réseau des bases aériennes françaises du début du XXème siècle à aujourd’hui.

Les points de vue et les opinions exprimés ou implicites dans cette revue sont ceux des auteurs et ne devraient pas être interprétés comme portant la sanction officielle du département de la défense, de l’armée de lair, du commandement de léducation et de la formation des forces aériennes, de lAir University, ou d’autres agences ou départements du gouvernement des Etats-Unis.

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